lys

bannermain

 logowbe

LES BELGES DANS LE MONDE

ligne


Il a toujours été admis que les Flamands et les Wallons s'adonnaient volontiers au commerce et à l'industrie au sein des provinces belges; dès lors ils ont été souvent considérés comme des peuples de tempérament plutôt sédentaire.

Lourde erreur. Tout comme l'Angleterre et la France, la Belgique a compté pendant deux mille ans une pléiade d'hommes de mer, de découvreurs, de colonisateurs, dont la contribution à l'exploration du monde est importante.


DES ORIGINES A L'AVENEMENT DE PHILIPPE LE HARDI (1384).


Quelques siècles avant notre ère, des habitants de ce qui sera plus tard la Flandre émigrent en Angleterre où ils fondent leur capitale, la "Venta Belgarum", future Winchester. Ils sont gouvernés par le Roi Cunobeline, qui sera le héros Cymbeline de Shakespeare, et essaiment en Irlande où ils sont appelés les "Firbolg".

Après la conquête des Gaules par Jules César, de nombreux Belges servent dans l'armée romaine et font campagne en Germanie et en Dalmatie. On a également retrouvé leurs traces en Espagne et en Sicile.

Vers l'an 700, des marchands flamands organisent un commerce régulier avec Venise, la Syrie et Constantinople; puis transportent au IXe siècle vers la Scandinavie des draps et des armes fabriqués dans les provinces belges.

Dès le Xe siècle, Liège et la région mosane nouent des relations culturelles et commerciales avec la Pologne. Lors de sa conversion au catholicisme, Mieszko Ier (963-992) demande à Jordan, missionnaire du diocèse de Liège, de devenir le premier évêque de Pologne. La femme du prince Casimir, Richezza, est la soeur d'une abbesse de l'abbaye de Ste-Gertrude, à Nivelles. Sous Boleslas II le Téméraire (1058-1079), des monastères sont créés avec le concours de moines venus de Liège. D'autres évêques liégeois succèdent à Jordan, ils introduisent en Pologne le goût des lettres, de l'Histoire et des Arts.

Dès la fin du XIIe siècle, des tisserands wallons s'établissent à Wroclaw, où dans le faubourg de St. Maurice une ruelle s'appellera pendant longtemps la "Walengasse".

De la même époque date un courant commercial entre la Flandre, le pays de Liège et la Pologne. Les premiers exportent des draps, des toiles, des tapisseries et des armes vers la Pologne, où ils s'approvisionnent en pelleteries provenant des immenses terrains de chasse polonais, ainsi que de Russie. Ils en ramènent de la poix, du goudron, du bois destinés aux chantiers navals de Bruges et d'Anvers.

En 1066, de nombreux Flamands accompagnent Guillaume le Conquérant pour se fixer en Angleterre; tandis que des Liégeois participent à l'évangélisation des Slaves de l'Oder.

Godefroi de Bouillon, au cours de la première croisade, entre en vainqueur en 1099 à Jérusalem, dont il deviendra le premier roi.

Un siècle plus tard, des Wallons chassés de Liège par des difficultés économiques et des Flamands fuyant leur pays après des inondations désastreuses allèrent s'établir dans les Karpates, sur un territoire appartenant alors à la Hongrie. Ils y formèrent de petites communautés, exemptes d'impôts et fort estimées par les Magyars. Ces communautés devaient être anéanties plus tard par les invasions turques et tartares.

De 1252 à 1254, le Flamand Guillaume de Rubruk ou Rubruquis entreprend, bien avant Marco-Polo, un long voyage en Tartarie; il y rencontre le fils de Gengis-Khan.

Par la ville de Novgorod, qui portait le titre de "Sa Seigneurie Novgorod le Grand", la Russie entre en relations commerciales avec l'Europe occidentale et notamment avec les villes belges. Dès la fin du XIIIe siècle, la Russie importe du drap d'Ypres, de Bruges, de Gand, de Poperinge, même parfois d'Oudenarde, de Dixmude, de Roulers.

A cette époque, la vallée de la Lys exporte une partie de sa production de drap en Livonie et en Russie, où est attestée la présence de drap de Wervik, de Comines et de Nieuwkerke. De leur côté, au Moyen Age, les villes de Flandre, Bruges notamment, achètent de la cire et des fourrures russes.

Au XIVe siècle, nombre de tisserands flamands se résolvent à émigrer en Angleterre, en raison des difficultés économiques.


SPLENDEUR DES PAYS-BAS (1384-1555).


Dès l'avènement de Philippe le Hardi, premier duc de Bourgogne, débutent les expéditions organisées par les Flamands. Il faut attribuer le fait à plusieurs facteurs.

L'invention du gouvernail d'étambot à charnières, de meilleurs instruments de navigation vont permettre les voyages au long cours et ouvrir la voie aux grandes découvertes des XVe et XVIe siècles.

Les ducs de Bourgogne par ailleurs favorisent cette expansion; Philippe le Bon ayant épousé Isabelle du Portugal, les relations commerciales entre ce pays et Bruges deviennent intenses.

En 1439, le Brugeois Josse van den Berghe et le Campinois Ferdinand d'Olmen se rendent au Portugal, puis décident de mettre en valeur les Açores, que le roi de Portugal cède à sa tante, la Duchesse de Bourgogne; ces îles s'appelleront longtemps "Isles Flamandes".

Ferdinand d'Olmen, connu au Portugal sous le nom de Dulmos, entreprit ensuite, après de nombreuses recherches, une expédition à travers l'Atlantique et découvre l'Amérique, à vrai dire les Antilles, en 1487, soit cinq ans avant Christophe Colomb et treize ans avant Cabral. Le premier fait d'ailleurs état du voyage de d'Olmen et des cartes de Pierre d'Ailly, professeur à Louvain, qui lui furent grandement utiles.

Vasco de Gama déclare avoir rencontré à Calicut en 1498 des Brugeois qui y commerçaient; quant à Magellan, lors de son tour du monde de 1519 à 1522, il comptait trois Flamands et deux Wallons parmis ses équipages.

Charles-Quint favorise lui aussi l'expansion des Belges, commencée soous les ducs de Bourgogne. Sooucieux d'améliorer le rendement de l'agriculture espagnole, il sait que dans les provinces belges, les cultivateurs utilisent des procédés nouveaux qui permettent d'obtenir des récoltes plus abondantes. Aussi décide-t-il que des paysant originaires de ces provinces iront s'installer en Galice pour y acclimater ces nouvelles méthodes. Les résultats dépassent toutes les espérances.

C'est à la même époque que se place une autre expérience belge, mais cette fois-ci au Danemark. Isabelle d'Autriche, soeur aînée de Charles-Quint, avait été mariée fort jeune au roi Christian II. Pour ne pas perdre tout contact avec son pays d'origine, elle s'entoura d'artistes et de lettrés venus des provinces belges. L'un d'eux lui conseilla d'appeler au Danemark des agriculteurs et des horticulteurs belges. Ceux-ci, originaires pour la plupart de Nieuwport, furent installés dans l'île d'Amager, en face de Copenhague. A l'époque, c'était une île désertique, habitée par des colonies de pêcheurs. Très rapidement, l'île tout entière fut défrichée et on y acclimata des variétés de bovidés particulièrement fécondes. Ce fut l'origine d'une expansion de l'indistrie laitière qui est encore aujourd'hui un des principaux piliers de l'économie danoise.

En cette première moitié du XVIe siècle, tandis que Charles-Quint entreprend une expédition navale commandée par deux Belges, de Lannoy et de Lalaing, contre Tunis (1535), des explorateurs et des missionnaires belges sont aux quatre coins du monde.

Le Flamand Pierre Goossens découvre les Andes; le Brugeois Jean de Witte est le premier évêque de Cuba.

Figure attachante, Nicolas Cleynaerts, né à Diest, professeur àl'université de Louvain, parcourt en 1540 le royaume de Fez et en rapporte une curieuse relation. Gaspar Bartzoen, professeur à Louvain, missionnaire et ami de St. François-Xavier, visite la Chine et les Indes et meurt à Goa en 1533, après avoir écrit les "Litterae Indicae Gasperi Barzoei". Le Malinois Josse Ryckius, franciscain, introduit la culture du froment au Pérou.

Auger Busbecq, originaire de Comines, ouvre la lignée des ambassadeurs flamands qui rendront de grands services aux princes goouvernant la Belgique, lignée où figure notamment P. P. Rubens; Busbecq résida comme diplomate de 1554 à 1562 en Turquie.

Tout comme pour les Açores, des Flamands, en l'occurence des Anversois, instaurèrent aux Canaries la culture et la fabrication du sucre de canne; ils avaient à leur tête Jacob van Groenbergh, arrivé à Las Palmas en 1515, dont la descendance s'y maintint jusqu'au début du XVIIIe siècle .


LE TEMPS DES MALHEURS (1555-1648).


De l'abdication de Charles-Quit au Traité de Munster, les provinces belges vont connaître le temps des malheurs politiques et économiques.

Flamands et Wallons s'illustreront néanmoins plus encore dans le domaine des découvertes, mais cette fois, ils le feront au bénéfice d l'étranger, de la Hollande surtout.

Trois motifs déterminent ce nouvel essor remarquable de l'expansion belge. Des troubles religieus éclatent sous Philippe II; de nombreux Belges, appartenant pour beaucoup au monde du comerce, se réfugient dans les provinces qui formeront ultérieurement les Pays-Bas, et qui s'affranchissent de la domination espagnole.

"La Prise d'Anvers en 1585 par les Espagnols eut pour la Hollande, toute proportion gardée", a écrit de Jonge, historien néerlandais, "la même conséquence que la prise de Byzance pour l'Europe occidentale, car elle donna aux Pays-Bas du Nord tout ce que les régions du Sud avaient de connaissances scientifiques et de richesses."

Le second motif à cette nouvelle expansion est d'ordre technique. C'est au XVIe siècle que se situe l'époque mercatorienne; toute une génération dde savants, de géographes flamands vont faire de la cartographie une science. Ils ont pour chef de file Gérard Mercator, né en 1512 à Rupelmonde, le père de la cartographie moderne, et Ortélius, né à Anvers en 1527, surnommé le "Ptolémée du XVIe siècle". Il convient de citer d'abord Simon Stévin, ingénieur et célèbre mathématicien né à Bruges en 1548, Plancius, originaire d'Ypres, qui fonda en 1594 à Amsterdam la première école de navigation au long cours, et Jean de Laet, Anversois, qui publia à Leyde dès 1624 des atlas faisant autorité.

Troisième et dernier motif : les Espagnols bloquent les mers du Sud; dès lors la Hollande est heureuse derecourir à la science et à la colaboration des Flamands dans la recherche d'autres routes maritimes vers les Indes.

mercator

Gerard Kremer / Gérard Mercator (1512-1594)



Voici les principaux Belges, auteurs de découvertes au profit de la Hollande.

Le Belge qui joua le plus grand rôle dans la mise en valeur du nord de la Russie et la pénétration hollandaise dans ces régions fut le Bruxellois Olivier Brunel. Pour le compte des Hollandais, Brunel se livra au commerce dans le Grand Nord, où il fut fait prisonnier par les Anglais qui craignaient sa concurrence. C'est pour elle qu'il entreprit ses explorations d'abord à l'est de la mer Blanche, où, à proximité du monastère de St. Michel-Archange, il établit en 1580 un comptoir commercial. "C'est l'action de Brunel qui conduisit à la fondation de la ville d'Arkhangelsk", a écrit le Dr. Örjan Olsen, explorateur, chargé de missions par le gouvernement norvégien.

Brunel organisa avec l'aide toujours des Stroganoff des expéditions sur les fleuves Petchora et Obi; par la même occasion, il aurait découvert la Nouvelle Zemble, avant le Hollandais Barentz.

Il quitta ensuite la Russie et se mit au service du Danemark pour lequel il explora les abords du Groenland. Il fonda enfin, avec l'Anversois de Mooucheron, le Collège des Consuls de Middelbourg qui fut à l'origine de l'instauration des Assurances Maritimes.

La première découverte antarctique est due à Simon de Cordes, originaire d'Anvers. Il atteint les Terres de Graham en 1599 (que trois siècles plus tard Adrien de Gerlache devait redécouvrir); son capitaine adloint Sebald de Weert découvre plus à l'est des îles qu'il appelle les Sebaldines, les Falkland actuelles.

C'est à un Tournaisien établi à Hoorn, en Hollande, que revient le mérite de la découverte du Cap Horn en 1616; Isaac Lemaire la fit au cours d'un voyage de recherche d'une nouvelle route vers les Indes; par la même occasion, il découvrit le détroit de Lemaire et les îles des Etats, les deux à proximité de la Terre de Feu.

Etait-il possible d'hiverner dans les régions polaires ? Après plusieurs tentatives infructueuses, un Brugeois Jacob Segers, capitaine baleinier, réussit l'expérience en 1633-1634.

De 1605 à 1630, l'amiral anversois Pierre van den Broucke navigue pour le compte des Hollandais. Il se rend en Guinée, en Angola et aux Indes et donna le nom de Batavia à la résidence fondée par Jean Pieterszoon Coen.

Les émigrants wallons ne restent pas moins actifs. Louis de Geer et sa famille fuient Liège en 1596 devant l'avance espagnole. Ils s'établissent à Dordrecht. Connaissant les richesses du sous-sol du royaume de Gustave-Adolphe et apprenant les besoins en armes de ce pays, de Geer décide de faire bénéficier la Suède de son expérience de maître de forges; des centaines de forgerons liégeois le rejoignent.

A la fin de sa vie, Louis de Geer était conseiller financier et amiral de la grande Reine Christine.

Un groupe de Wallons, originaires du Hainaut, ayant fui devant les Espagnols, s'installa à Leyde. Ils désirent s'expatrier en Amérique; à l'initiative de leur compatriote Jesse de Forest (qui ne fut pas du voyage) ils s'embarquent en 1624 pour l'Ile de Manhattan, qu'ils baptisent "Novum Belgium" et y fondent, sous la direction de Pierre Minuit, "Neuf-Avesnes" qui devait être le berceau de New York. En 1631 des Flamands et des Hollandais les rejoignent et la région s'appellera "Nieuw Nederland", avant de devenir une colonie anglaise.

Le Bruxellois François Caron, après avoir navigué en Extrême-Orient, passe à la France, où il devient l'ami et le confident de Colbert, ministre de Louis XIV. Ce ministre chargera Caron d'ouvrir des comptoirs commerciaux à Madagascar, qui avait été découverte au XVe siècle par le Flamand Geeraert De Coninck.

Il convient de citer pour cette époque au moins un nom de missionnaire, le capucin Georges de Gheel, qui entreprit l'évangélisation des populations du Bas-Congo, et y mourut martyr; il est l'auteur du plus ancien dictionnaire bantou.


DE LA MAISON D'AUTRICHE AU ROYAUME DES PAYS-BAS (1648-1830).


La fin de la période espagnole se traduit par de "longues et frayeuses guerres". En 1648, le Traité de Munster ferme l'Escaut à la Belgique.

Le pays passe ensuite sous le régime autrichien. L'empereur Charles VI s'efforce de desserrer le blocus de l'Escaut et favorise, en 1722, la création de la Compagnie d'Ostende, intitulée "Compagnie Impériale et Royale des Indes Orientales et Occidentales".

Les navires belges reprennent la route des Indes et de la Chine. Des comptoirs commerciaux s'ouvrent, dont le succès est tel que Londres et amsterdam redoutent cette concurrence et, faisant pression sur l'empereur, obtiennent la suppression de la compagnie en 1731.

Citons encore deux grandes figures de missionnaires, le Père Verbiest, originaire des Flandres, mathématicien et fondateur de l'observatoire de Pékin, qui meurt en Chine en 1688, et le Père Hennepin, originaire du Hainaut, qui se rend au Canada en 1675 et qui est un des découvreurs du Mississippi.


LA BELGIQUE INDEPENDANTE.


Qu'il s'agisse d'expéditions scientifiques ou d'évangélisation, quelques Belges se distinguent dans le monde.

Adrien de Gerlache organise en 1897 le premier hivernage dans l'Antarctique. Il y découvre des îles qui s'appelleront désormais Brabant et Anvers; son fils, suivant les traces de son père, dirigeait en 1958 une expédition également scientifique dans la même région à l'occasion de l'"Année géophysique".

Deux belles figures de missionnaires : le Père de Smet, apôtre des Peaux-Rouges en Amérique du Nord, de 1840 à 1870, et le Père Damien, apôtre des lépreux à Molokaï de 1864 à 1889.

L'expansion belge au XIXe et au XXe siècles se tourne désormais vers l'assistance industrielle et financière. John Cockerill, l'industriel belge d'origine anglaise, que l'on peut considérer comme le père de la sidérurgie en Belgique, mourut à Varsovie en 1840, alors qu'il créait de nouvelles usines en Pologne. Sous Léopold Ier déjà, Joseph van Haverbeke, d'Anvers, capitaine marin, au service des projets d'expansion du roi, s'est rendu en Chine et en Afrique.

Sous l'impulsion de Léopold II, des ingénieurs belges vont construire des chemins de fer sur tous les continents : plus de 3000 km de rail en Chine, sans compter des réseaux de tramways et des entreprises minières; en Egypte, équipement ferroviaire, organisation des services publics au Caire et d'Alexandrie, création de la ville d'Héliopolis; en Russie, avant 1917, création de services publics, de chemins de fer, de nombreuses industries; chemins de fer et tramways en Turquie; transports ferroviaires au Mexique et en Argentine; électrification des villes de Para, Rio-de-Janeiro et Sao Paulo; sucreries à Tucuman. En résumé, les Belges ont organisé les services publics dans 77 villes étrangères, dont 37 en Russie.

Les grands dirigeants de cette expansion s'appellent entre autres Empain, Jadot, Francqui, Solvay.


LA BELGIQUE ET LE CONGO.


En 1885, le roi Léopold II devient, à titre personnel, souverain de l'Etat Indépendant du Congo. Celui-ci passe sous l'autorité de la Belgique en 1908.

Lorsque les premiers Belges arrivent au Congo, ils y troouvent un territoire immense où, à l'époque, rien ne permettait de soupçonner l'essor prodigieux qui allait être le sien : les terres étaient incultes et les populations livrées à la misère et aux maladies endémiques.

En trois quarts de siècle - le Congo a accédé à l'indépendance en 1960 -, des dizaines de milliers de Belges ont doté ce pays d'une infrastructure économique et sociale.

Source : Institut d'Information et de Documentation, Bruxelles, 1967.